Source : http://www.lesquotidiennes.com.
Serena* a appris les projets de sa fille en lisant un article de journal. Elle tente de comprendre comment sa fille, qui était "sage et avait de la facilité à l'école" s'est transformée en apprentie porno star, poitrine refaite, cheveux décolorés et se fait désormais appeler Skarlett.
Secouée, choquée, horrifiée mais calme. Ainsi apparaît la maman de Skarlett, pseudonyme que s'est inventé une Lausannoise de 18 ans dont l'ambition est de devenir star du porno. Une maman qui préfère rester anonyme, par crainte de répercussions sur son entourage et elle-même. Appelons-la Serena*. C'est de façon tout aussi anonyme, en lisant le journal 20 Minutes, qu'elle a appris la nouvelle vie de sa fille, le 15 mars dernier.
«Ça a été une claque pour toute la famille. Pour moi, un bouleversement et beaucoup de tristesse. Une désillusion. Et une grande inquiétude. Des fois, j'en fais des cauchemars.» Si Serena parvient à garder une relative sérénité, c'est que son amour pour sa fille celle qui porte le prénom qui lui a été donné à sa naissance n'entame pas sa lucidité. «Elle a pourtant les capacités de faire une bonne formation, dit-elle. Elle avait de la facilité à l'école. Je pourrais lui trouver des excuses. Dire qu'elle se fait influencer. Mais peut-on influencer quelqu'un qui ne le souhaite pas?»
"Elle a commencé à s'habiller sexy comme dans les clips"
Serena n'a rien vu venir, elle qui vit une vie plutôt conventionnelle: un enfant, puis une séparation, comme il y en a tant, une situation professionnelle et personnelle tout à fait régulière. «Ma fille était très sage, se souvient-elle. Et puis il y a un an et demi, elle s'est mise à décolorer ses cheveux. De brun foncé, ils sont devenus blond platine. Elle a aussi commencé à s'habiller très sexy, comme dans les clips à la télévision. Ma famille, de nombreuses personnes de son entourage et moi lui disions que c'était inadéquat et risqué, mais rien à faire! J'ai aussi découvert qu'elle participait à un chat de rencontre par sms, dont le 90% du contenu, excusez-moi, mais c'est du cul. Puis elle a arrêté son apprentissage. Depuis lors, je me suis sentie complètement démunie, n'ayant plus aucun impact sur son comportement. Une année après, elle a eu 18 ans et a pris un studio.»
Depuis ce départ et jusqu'à la révélation de 20 Minutes, Serena n'a eu de contact avec sa fille que par sms: «Elle s'isolait complètement de la famille et refusait de nous voir. En allant sur le site internet indiqué par l'article, j'ai remarqué que ses cheveux avaient été allongés par des rajouts.» Mais ce n'est pas la seule partie du corps de sa fille qui avait changé. «J'ai vu qu'elle s'était fait refaire les seins, se rappelle-t-elle non sans trahir une certaine émotion. Je ne comprends pas les raisons de ce choix. Je trouve scandaleux qu'un médecin ait accepté de lui faire ça. Il paraît qu'elle est allée dans une clinique genevoise juste après ses 18 ans.»
Prête à risquer d'attraper le sida
Mais ce qui a peut-être encore plus choqué Serena, ce sont les faits révélés par cet article et évoqués dans une émission de Mise au point diffusée en avril dernier: «Elle dit qu'elle a commencé à tourner des films X lorsqu'elle avait 13 ans et demi. J'ai déposé plainte pour acte d'ordre sexuel avec des enfants.» Serena a de la peine à imaginer que cela puisse être vrai. «Cela paraît impossible, simplement pour des raisons d'emploi du temps, sauf si elle courbait les cours à notre insu. Elle rentrait toujours à l'heure de l'école et ne sortait ni le soir ni le week-end. Pour le moment, l'enquête est en cours.» La maman pense plutôt que sa fille s'est créé un personnage. «Dans le reportage de la TSR, j'ai de la difficulté à la reconnaître, avoue-t-elle. J'ai le sentiment qu'elle vit en marge de la réalité. En ce qui concerne les informations révélées par son site internet, je n'ai pas les ressources émotionnelles pour pouvoir les lire.»
Un personnage inspiré par les images que l'on voit tous les jours dans les médias. «A la maison, nous n'avons jamais eu de cassette ou de magazine porno. Mais les images diffusées partout sont de plus en plus érotisées. C'est une incitation à la débauche. Et celui qui est le plus dépravé est glorifié. Face à ça, les parents n'ont que peu d'influence sur des ados qui n'écoutent que leurs pairs. Je ne sais pas ce que nous aurions pu faire pour éviter ça.»
Serena s'interroge sur les motivations de sa fille. «Est-ce en lien avec son statut de fille unique et les nombreuses facilités qu'elle a toujours eues? Ou avec une carence paternelle? Est-elle attirée, comme beaucoup de jeunes, par un univers de facilité et de paillettes? Ou est-ce l'ensemble de ces éléments? Au fond, si j'ai bien compris son message, le but de ma fille n'est pas le porno en soi. Elle voit ça comme un moyen de devenir une star, de réussir. Mais que réussit-on ainsi?»
Un choix qui n'a rien d'anodin, Skarlett ayant déclaré accepter de prendre le risque de contracter le sida pour jouer dans des films X. Difficile pour une maman de s'exprimer sur ce sujet. «C'est plutôt un choix de mort qu'un choix de vie, lance-t-elle. Je ne suis même pas sûre qu'elle prenne le bon chemin pour réussir dans le X.»
"Son look dénudé et provocant me blesse"
Serena garde malgré tout confiance en sa fille et croit aux valeurs qu'elle lui a transmises. «Un jour je pense qu'elle prendra conscience de la réalité de son choix, espère-t-elle. Quoi qu'il en soit je serai toujours là pour elle et suis prête à l'aider si elle veut reprendre une formation.» Pas facile pour cette maman de garder le contact avec sa fille. «Je maintiens le lien par sms et par mail, soupire-t-elle. Je ne la vois plus. Elle ne me dit pas où elle habite. Il m'est aujourd'hui impossible d'aller à sa rencontre dans les lieux publics qu'elle fréquente. Parce que son look dénudé et provocant me blesse. C'est très douloureux pour moi mais assister sans réagir serait cautionner ce qu'elle fait. C'est une adolescente propulsée dans un monde d'adultes qui la dépasse.»
Serena imagine-t-elle que sa fille puisse vivre heureuse ainsi? «Je l'ai vue dans un bar avec son petit ami qu'elle présente parfois comme son manager. Quand ils m'ont vue, ils m'ont paru mal à l'aise, comme deux gosses pris à jouer avec des allumettes. Ont-ils quelque part conscience de leur marginalité? Je m'inquiète beaucoup pour la santé de ma fille et j'ignore de quoi elle vit.»
*prénom d'emprunt.
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